Plusieurs des livres réunis sur ce site traitent de la sauvegarde et de la récupération, parce que c'est le geste le plus rentable de la protection des données personnelles : peu coûteux, à la portée de tous, et décisif le jour où quelque chose tourne mal. Cette page en donne la méthode.
Le RGPD range la disponibilité parmi les objectifs de sécurité de l'article 32 : les données doivent pouvoir être restaurées en temps utile en cas d'incident physique ou technique. Une attaque qui rend des fichiers indisponibles — un rançongiciel, par exemple — constitue une violation de données au même titre qu'une fuite. Pour un particulier, l'enjeu est la perte définitive de documents, de photos, de justificatifs ; pour une organisation, c'est l'interruption d'activité et la responsabilité vis-à-vis des personnes concernées.
La référence tient en trois chiffres : conserver au moins trois copies des données, sur deux types de supports différents, dont une copie hors site. Trois copies, car un original et une seule sauvegarde peuvent être perdus ensemble. Deux supports distincts, pour ne pas dépendre d'une même technologie ni d'un même défaut. Une copie hors site, pour survivre à un vol, un incendie ou un dégât des eaux. Une variante plus stricte ajoute une copie hors ligne et l'exigence de zéro erreur au dernier test de restauration.
Un disque externe est simple et rapide, mais fragile et souvent laissé branché — donc exposé aux mêmes menaces que l'ordinateur. Un serveur de stockage en réseau offre plus de capacité et l'automatisation, au prix d'une configuration. Une sauvegarde dans le nuage assure la copie hors site sans manipulation, à condition de choisir un service sérieux et de chiffrer les données avant l'envoi. L'idéal combine deux de ces options : par exemple une sauvegarde locale automatique pour restaurer vite, et une sauvegarde distante chiffrée pour le pire scénario.
Une sauvegarde rassemble, par construction, une copie complète de données parfois sensibles. Elle doit être chiffrée, en particulier lorsqu'elle est externalisée ou transportée. Le chiffrement ne vaut que par la gestion de la clé ou du mot de passe : conservés séparément des données, accessibles à un nombre restreint de personnes, et sauvegardés eux-mêmes — une clé perdue rend la sauvegarde inexploitable, ce qui revient à ne pas en avoir.
Un rançongiciel cherche activement les sauvegardes accessibles depuis la machine infectée pour les chiffrer aussi. Une sauvegarde branchée en permanence ou montée comme un simple dossier réseau n'offre donc aucune garantie. La protection vient d'une copie déconnectée — un disque débranché après chaque sauvegarde — ou d'un stockage immuable, qui empêche la modification ou la suppression des fichiers pendant une durée définie. C'est cette copie qui permet de repartir sans payer.
Une sauvegarde qui dépend d'un geste manuel régulier finit par être oubliée, souvent juste avant l'incident. Le dispositif doit être programmé : sauvegarde locale quotidienne automatique, envoi distant chiffré planifié, et rotation gérée par l'outil. Le rôle humain se limite alors à deux choses : brancher et débrancher la copie hors ligne selon un rythme défini, et lire les comptes rendus pour détecter un échec silencieux. Une sauvegarde qui échoue sans alerter est aussi dangereuse qu'une sauvegarde absente.
Une sauvegarde complète copie tout à chaque fois : simple à restaurer, mais volumineuse et lente. Une sauvegarde incrémentale ne copie que ce qui a changé depuis la dernière sauvegarde, quelle qu'elle soit : rapide et légère, mais la restauration exige toute la chaîne. Une sauvegarde différentielle copie ce qui a changé depuis la dernière sauvegarde complète : compromis entre les deux. La plupart des outils grand public combinent une complète périodique et des incrémentales fréquentes, ce qui convient à la majorité des besoins.
Une sauvegarde qui écrase la précédente ne protège pas d'une erreur qu'on ne remarque pas tout de suite : un fichier corrompu, une suppression accidentelle, un chiffrement par rançongiciel découvert plusieurs jours après. Conserver plusieurs versions dans le temps — quelques jours, quelques semaines, quelques mois selon la capacité — permet de revenir à un état antérieur sain. C'est une différence majeure avec la simple synchronisation.
Un service de cloud grand public qui synchronise un dossier entre appareils propage aussi les erreurs : un fichier supprimé ou chiffré sur un poste l'est partout, presque instantanément. Ces services offrent souvent une corbeille et un historique limités, utiles mais insuffisants. La synchronisation est un confort de partage, pas une sauvegarde ; les deux fonctions doivent coexister.
Une sauvegarde jamais restaurée est une hypothèse. Il faut vérifier périodiquement qu'on sait remonter un fichier isolé et, au moins une fois, l'ensemble d'un poste. Deux repères aident à dimensionner le dispositif : la durée maximale d'indisponibilité acceptable, qui détermine la vitesse de restauration nécessaire, et la quantité maximale de données qu'on accepte de perdre, qui détermine la fréquence des sauvegardes. Une sauvegarde quotidienne accepte de perdre une journée de travail ; si ce n'est pas tolérable, il faut sauvegarder plus souvent.
Si des fichiers disparaissent ou deviennent illisibles, le premier réflexe est d'arrêter d'écrire sur le support concerné : chaque écriture réduit les chances de récupération. On restaure ensuite depuis la sauvegarde la plus récente jugée saine. En l'absence de sauvegarde, des logiciels de récupération peuvent retrouver des fichiers effacés sur un support sain ; en cas de panne matérielle ou de support endommagé, un prestataire spécialisé en salle blanche est la seule option raisonnable, et manipuler soi-même aggrave souvent les dégâts. Face à un rançongiciel, la position de principe des autorités est de ne pas payer, de conserver les traces, de déposer plainte et de signaler l'incident.
Un plan tient sur une page : ce qui est sauvegardé et ce qui ne l'est pas, à quelle fréquence, sur quels supports, où se trouve chaque copie, qui est responsable, combien de versions sont conservées et pendant combien de temps, comment et à quelle échéance les restaurations sont testées, et la marche à suivre en cas d'incident. Ce document évite les angles morts — un dossier important resté hors du périmètre, une seule personne qui sait où sont les copies — et permet à quelqu'un d'autre de prendre le relais si nécessaire. Il se relit après chaque changement de matériel ou d'organisation.
Les sauvegardes contiennent des données personnelles et suivent donc les mêmes règles : une durée de conservation définie, une sécurité proportionnée, et la prise en compte des demandes d'effacement — techniquement, une donnée effacée de la base active peut subsister dans les sauvegardes jusqu'à leur rotation, ce qui doit être documenté et expliqué à la personne. Le dispositif de sauvegarde figure parmi les mesures inscrites au registre des traitements.
Trois copies, deux supports, une hors site, dont une déconnectée ou immuable ; des sauvegardes chiffrées, des clés gérées à part, et des restaurations testées. C'est peu de chose au regard de ce que cela protège. La sauvegarde s'inscrit dans le cadre du RGPD et complète les gestes décrits dans réduire son exposition à la cybercriminalité.